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Florine Clap
Tout commence après le visionnage du film Les Glaneurs et la Glaneuse d'Agnès Varda. Je découvre un cinéma documentaire qui me parle et m'inspire profondément. Je prends alors ma caméra et, à mon tour, me mets à glaner des images dans ma ville natale, Avignon. Je cherche, capte et collecte des fragments documentaires. C'est ainsi que naît mon premier film, Sous le Pont d'Avignon (2014), une déambulation poétique et sensorielle à travers les rues de la ville, à la rencontre d'hommes et de femmes qui y vivent, y survivent et s'y expriment. Avec ce film, un principe de réalisation s'est affirmé : un cinéma contemplatif où le glanage d'images devient geste narratif. Par leur tissage, ces vues racontent l'intime, les sensations, la présence au monde à l'instant du tournage. La caméra explore la dimension mystérieuse des êtres, des lieux et des événements, considérant le réel comme insaisissable, impossible à enfermer dans un cadre. Enfant d'Avignon, j'ai été marquée par l'univers de la scène, du théâtre, de la danse et des arts de la rue... Ces influences s'imposent dans mon cinéma, en façonnant forme et fond.
Naturellement, je me tourne vers le documentaire d'art et de culture. Je réalise alors des films diffusés sur France 2 : Violoncelles, vibrez !, autour de la classe de Gautier Capuçon (2015) à la fondation Louis Vuitton, où musique et architecture dialoguent au sein de l'espace signé Frank Gehry ; puis Père Chave, ma vie au Festival d'Avignon (2022), qui retrace la trajectoire singulière de ce prêtre engagé dans la vie du Festival. Ce dernier est un documentaire hybride, construit comme une réminiscence à travers des images d'archives et de fiction. En parallèle, je réalise des portraits d'artistes en marge à Avignon, comme Michel Gauthier, autoportraits (2024), ou engagés politiquement, comme Boris Daniloff, l'homme en colère (2019). Deux autres films "portrait" tournés en 2020 et 2021 dépeignent des femmes, l'une tapissière en sièges, l'autre aide-soignante à domicile.
Dans tous mes films, la forme, aussi investie que le fond, est poétique et fragmentaire. Elle entend résonner avec celle que je cherche à révéler chez les personnes filmées : la forme de leur rapport sensoriel et émotionnel au monde, à leur milieu, au lieu où ils s'inscrivent, aux autres et aux événements ; et celle de son expression, dans un instant donné. Pour ce faire, je me tiens loin de toute préoccupation réaliste, exhaustive ou quantitativement représentative, de toute recherche de spectacularité, aussi. Je cultive une sensibilité à l'éphémère et aux "petites choses", une attention à ce que ces personnes ressentent dans la finesse de leur intimité telle qu'elle se perçoit du dehors. Ainsi, les enjeux formels évoluent-ils au fil des projets, de même que mon degré d'exposition devant la caméra, que je laisse de plus en plus voir pour ne pas effacer sa - et ma - présence quand elle est porteuse de sens.
Depuis plus de dix ans, je suis investie dans l'association sociale et militante 1,2,3 Soleil ! vouée à la pratique du cinéma solidaire et inclusif. Cette implication a activé l'évolution de ma démarche artistique vers des formes de films plus politiques, avec des enjeux sociaux plus forts. Les films réalisés créent du lien, suscitent des rencontres fortes entre mineurs isolés et personnes âgées, en situation de handicap ou en grande précarité. En parallèle de mon investissement dans l'association 1,2,3 Soleil je mène des ateliers en milieu scolaire ou de la formation avec des enfants, adolescents ou adultes, car j'aime transmettre ma passion ainsi que les techniques de mon métier. C'est pour cette raison que ma vie artistique est ponctuée par de nombreux ateliers vidéo, dédiés à des publics très variés en milieux scolaires et associatifs. Ces moments d'ateliers sont porteurs d'enrichissements mutuel.
Depuis toujours, je me construis dans une démarche artistique transversale - vidéo, arts de la scène, arts plastiques - donc j'accompagne continuellement des artistes plasticien·nes, des chorégraphes, des auteur·ices, des architectes ou encore des institutions culturelles, en mettant mon regard et ma caméra au service de leurs projets.
Florine Clap